Ils venaient de dortoirs, de salles de classe, de villes rurales et de camps suite à un tremblement de terre.
Texte intégral
Ils venaient de dortoirs, de salles de classe, de villes rurales et de camps suite à un tremblement de terre. Pas pour qu'on parle, mais pour parler. Partout au Maroc, les jeunes filles pénètrent dans un espace longtemps réservé aux experts et aux élites : l’espace où les lois sont imaginées et façonnées. Il ne s’agit pas seulement d’une histoire de réforme : il s’agit d’un nouveau type de pouvoir qui émerge de la base, et des femmes et des filles qui remodèlent tranquillement le contrat social du pays.
Depuis des années, le processus de réforme juridique du Maroc a été nourri par le travail constant des institutions et de la société civile. Des salles d’audience aux salles de classe, d’innombrables acteurs ont soutenu les groupes vulnérables, contesté les normes et plaidé pour la justice. Mais entre 2023 et 2024, au milieu du dialogue national sur la réforme du Code de la famille et au lendemain du tremblement de terre dévastateur, quelque chose a commencé à changer en termes d’ampleur, de visibilité et d’impact.
Les voix des filles des régions éloignées, des jeunes issus de milieux sous-représentés et des citoyens longtemps exclus de l’élaboration des politiques ont commencé à résonner dans les débats nationaux. Ce n’étaient pas seulement des histoires de difficultés, c’étaient des histoires de résistance, de clarté et d’aspiration.
Dans ce paysage en évolution, le Centre international pour la diplomatie (ICD) a joué un rôle central en aidant à transformer ces voix en un plaidoyer structuré. En partenariat avec des institutions et des communautés, l’ICD s’est efforcé de transformer les réalités locales en propositions politiques – non pas en remplaçant le travail des autres, mais en établissant des ponts entre l’expérience vécue et la réforme législative.
Une réforme qui respire – À l’intérieur de l’écosystème construit par l’ICD
Au cours des années les plus cruciales de la réforme au Maroc, alors que les débats nationaux se déroulaient autour du Code de la famille et du Code pénal, une organisation a discrètement réécrit les règles régissant la manière dont le changement se produit. Le
Le Centre international de diplomatie (ICD) n'a pas attendu que ses portes s'ouvrent à Rabat. Il est allé là où peu de gens regardaient : dans les écoles rurales, les régions frappées par des tremblements de terre, les stades et la vie des filles trop souvent réduites au silence.
Il ne s’agissait pas seulement de rédiger des propositions. Il s’agissait de construire tout un écosystème – une méthode de réforme qui appartient aux gens avant la loi.
Entre 2023 et 2024, avec le soutien de l’UNFPA Maroc, l’ICD a été le fer de lance d’un processus de réforme participative contrairement à beaucoup d’autres de mémoire récente. D’une portée ambitieuse, ancrée dans les droits de l’homme et profondément liée aux réalités quotidiennes, l’initiative a transformé l’expérience vécue en recommandations politiques concrètes.
L’approche de l’ICD n’était pas une consultation pour le plaisir. C'était la participation comme pouvoir.
Il a organisé 4 consultations nationales, 2 forums internationaux et 2 caravanes régionales. Il a travaillé directement avec plus de 1 425 jeunes, dont plus de 1 000 filles, des jeunes handicapés, des migrants et des étudiants ruraux. Mais l’écho de ces voix s’est répandu bien au-delà des salles de réunion : il a touché des centaines de milliers de Marocains à travers des campagnes numériques, des expositions artistiques, des matchs symboliques et des caravanes traversant des villes oubliées.
Et de ce voyage sont issus des chiffres qui parlent d’eux-mêmes : 82 propositions élaborées, 57 consolidées dans des mémorandums officiels, 15 livrables stratégiques créés et plus de 300 décideurs engagés. Quant à son groupe de réflexion Think Equality in Africa, l’ICD a réussi depuis 2018 à élaborer plus de 50 notes d’orientation sur différentes questions tout en produisant plus de 1 000 propositions politiques et législatives concrètes.
Mais la plus grande réussite de l’ICD était peut-être moins visible : un changement de culture. Un changement d’imagination, c’est une question de Mindset !
Transformer les voix en pouvoir – Les modèles ICD derrière le mouvement
L’ICD savait que donner une place aux filles à la table n’était pas suffisant. Ils devaient s'approprier l'espace, façonner les questions et rédiger les réponses.
Cette vision a pris vie à travers deux modèles transformateurs :
• YOULEAD — Apprendre, responsabiliser, défendre, développer.
Les filles ont été formées à lire des textes juridiques, à comprendre leurs droits et à débattre avec les décideurs.
• CRÉER — Créativité, résilience, empathie, plaidoyer, transformation, autonomisation.
Les filles ont transformé le traumatisme en théâtre, la douleur en poésie et leur vision du Maroc en art public.
Ce qui a commencé comme des ateliers est devenu une voie vers le leadership. Ce qui a commencé dans de petites salles de village s’est transformé en une voix nationale impossible à ignorer.
Le Maroc que nous voulons – Quand les droits descendent dans la rue
Cette vision ne se limitait pas aux bureaux. À l'été 2024, l'ICD a lancé Ride4InclusionEquality, une campagne audacieuse où les droits ont rencontré la route.
Avec les motocyclistes des Road Brothers et une coalition d'ONG, l'ICD a transformé les rues de Casablanca à Amizmiz en écoles à ciel ouvert. Les places publiques sont devenues des salles de classe. Les stades sont devenus des espaces de réflexion.
Les femmes et les filles ont appris leurs droits non pas de manière isolée, mais dans la célébration, à travers l'art, la musique et le théâtre.
L’un des moments les plus révolutionnaires s’est produit dans les stades. Les ateliers avec des supporters de football du Raja et du Wydad n’ont pas seulement abordé la masculinité toxique : ils ont réécrit les règles du fandom.
Une nouvelle Charte pour des stades sûrs et inclusifs a été signée. Garçons et filles jouaient ensemble dans des matchs symboliques. Un jeune supporter a avoué :
"Le football est pour tout le monde. Je veux que ma sœur puisse s'asseoir à côté de moi dans le stade sans crainte."
Il s’agissait d’une réforme au-delà du texte. Il s’agissait d’un changement de culture – en temps réel.
Réforme du Code de la famille : anticiper les limites, protéger les vies
Lorsque le ministère de la Justice a dévoilé ses 17 propositions officielles de révision du Code de la famille (Moudawana) en décembre 2024, il a fait écho à bon nombre des préoccupations et priorités déjà exprimées dans les 26 recommandations détaillées soumises par l'ICD un an plus tôt à la Commission royale chargée de réviser le Code de la famille. Loin de réagir au moment présent, l’ICD avait anticipé les complexités à venir et s’était préparée en conséquence.
Cela n’a été nulle part plus clair que dans la question sensible du mariage des enfants. L’ICD a fermement plaidé en faveur de la criminalisation totale du mariage avant l’âge légal. Mais il a également reconnu les réalités sociopolitiques du Maroc et la probabilité que certaines exceptions perdurent à court terme. En réponse, il propose une architecture préventive : fixer une période minimale et maximale pour l'enquête sociale préalable à toute autorisation judiciaire (pour éviter les cas où l'approbation est accordée dans les 24 heures), exiger des évaluations psychologiques par des professionnels certifiés et exiger des sanctions pénales pour les personnes facilitant les mariages illégaux.
L’ICD a mis un accent particulier sur les pratiques néfastes telles que le « zawaj bil chèque » (mariage par chèque), le « zawaj bidayn » (mariage par dettes) et le « zawaj bil ‘aqd » (mariage par contrat privé) – des arrangements qui masquent souvent la traite des êtres humains ou l’exploitation, en particulier des mineurs. L'ICD a appelé à ce que ces pratiques soient clairement reconnues et sanctionnées par les lois pénales et sur la traite des êtres humains.
Un autre sujet de préoccupation était le « zawaj fatiha » – des mariages religieux rarement enregistrés auprès de l’État. Même si l’ICD a délibérément évité de s’engager dans des débats théologiques, elle a souligné le vide juridique et les violations des droits créés lorsque de tels mariages ne sont pas enregistrés. Les femmes et les enfants vivant dans ces unions sont souvent confrontés à des difficultés en matière de divorce, d'héritage, de reconnaissance des enfants et d'accès aux services publics. L’ICD a plaidé pour la reconnaissance légale uniquement de l’acte de mariage officiel et a appelé à des mesures dissuasives et à des sanctions plus fortes pour empêcher l’utilisation abusive de la zawaj fatiha comme moyen de contourner l’enregistrement – une pratique qui reste répandue malgré son inclusion dans le Code de la famille actuel.
Bon nombre des recommandations de l’ICD – élaborées au cours de consultations sur le terrain qui ont duré un an et formalisées dans son mémorandum – figuraient, entièrement ou partiellement, dans la proposition en 17 points du gouvernement. Cela a marqué un moment important de convergence entre le plaidoyer populaire et la réforme institutionnelle.
Parmi les domaines d’alignement les plus visibles figure la question du mariage précoce. Même si le gouvernement n’est pas allé jusqu’à une criminalisation totale, il a proposé des conditions plus strictes pour autoriser les exceptions, signalant une évolution vers des protections plus strictes. Les propositions de l’ICD en faveur d’une tutelle légale partagée entre les parents – ancrées dans l’équité entre les sexes et l’intérêt supérieur de l’enfant – ont également trouvé une réflexion partielle dans le projet. Concernant le droit des femmes au logement, en particulier en cas de divorce ou de veuvage, le plaidoyer de l’ICD s’est traduit par de nouvelles dispositions renforçant la capacité des femmes à rester dans le domicile familial ou à y accéder dans des conditions spécifiques.
Au total, 14 des 26 propositions de la SID ont été soit explicitement reflétées, soit partiellement intégrées dans le projet du gouvernement, ce qui représente un taux de convergence de plus de 53 %.
Toutefois, 12 propositions n’ont pas été retenues ou mentionnées dans la version communiquée par le gouvernement. Ici, deux facteurs importants doivent être pris en compte. Premièrement, le mémorandum de l’ICD ne se concentrait pas uniquement sur le Code de la famille de manière isolée. Il a également introduit des mesures de protection et de transition visant à harmoniser le Code de la famille avec d'autres législations pertinentes, notamment le code pénal, la loi 103.13 sur la violence à l'égard des femmes et les lois traitant de la traite des êtres humains. L’objectif était de garantir la cohérence juridique et d’éviter les lacunes dans la mise en œuvre qui apparaissent souvent lorsque les lois sont réformées en vase clos.
Deuxièmement, alors que la Commission royale chargée de réviser le Code de la famille aurait reçu plus de 100 propositions de la société civile et des acteurs institutionnels, seules 17 propositions ont été rendues publiques – identifiées comme les plus débattues ou les plus sensibles, et soumises au Conseil suprême des oulémas pour examen religieux et fatwa. Il est donc probable que certaines des recommandations restantes de l’ICD – en particulier celles liées à l’harmonisation du droit et aux mécanismes de protection – pourraient encore être prises en compte dans les versions futures ou pendant la phase de mise en œuvre.
Dans cette optique, l’intégration partielle de 14 propositions représente plus qu’une victoire législative. Il affirme qu’un plaidoyer ancré dans la communauté et fondé sur des preuves peut influencer et influence effectivement la politique nationale – même dans des domaines profondément sensibles. C’est une reconnaissance du fait que la réforme ne vient pas seulement d’experts juridiques ou de commissions fermées, mais aussi du savoir vécu de ceux qui naviguent dans le droit au quotidien – en particulier les filles, les femmes et les acteurs de première ligne.
Réforme du Code pénal – Briser le silence, nommer le préjudice
Si le travail de l’ICD sur le Code de la famille a fait preuve de clairvoyance stratégique, son approche du Code pénal a révélé quelque chose de tout aussi vital : un courage sans faille.
Dans un paysage législatif où le silence entoure souvent les questions sociales les plus sensibles, l’ICD a choisi de ne pas éluder les sujets difficiles : elle a choisi de les nommer, de les documenter et de les affronter de front. Dans son mémorandum de 23 propositions soumises dans le cadre du processus national de réforme du Code pénal, l'ICD a abordé des questions qui sont souvent sous-représentées ou totalement exclues des discussions politiques officielles : le viol conjugal, le harcèlement en ligne, la traite des êtres humains déguisée en mariage, les abus au sein des institutions et la détention temporaire de filles mineures.
Grâce à un travail de terrain ciblé dans les centres judiciaires, les institutions de protection et les services sociaux, l’ICD a découvert comment des filles non accompagnées – dont beaucoup étaient elles-mêmes victimes de violence, d’exploitation ou d’abandon – étaient soumises à une détention prolongée sans garanties juridiques appropriées. Il ne s’agissait pas de cas abstraits. Il s’agissait de vies réelles, prises entre la lettre de la loi et sa pratique.
En réponse, l’ICD a appelé à des réformes structurelles : des critères juridiques clairs pour les alternatives à la détention, un soutien psychologique obligatoire, un contrôle judiciaire et des parcours de réintégration qui respectent la dignité des mineurs. Sa position était simple – mais profonde : un système judiciaire doit protéger avant de punir.
Au-delà des questions de détention, l’ICD a abordé un autre tabou : le cadre juridique de l’avortement. Alors que la conversation nationale s’est concentrée sur des extensions limitées des conditions juridiques, l’ICD est allée plus loin. Il a fait valoir que la loi doit adopter la définition complète de la santé de l’Organisation mondiale de la santé, englobant non seulement le risque physique mais aussi la santé mentale et le bien-être psychosocial. Ce changement n’était pas idéologique : il était basé sur des rencontres réelles de l’ICD avec des femmes et des filles qui avaient été forcées de porter une grossesse malgré le traumatisme, le désespoir ou la coercition.
D’autres recommandations abordaient les préjudices nouveaux et émergents, tels que la cyberviolence, le harcèlement numérique sexiste et l’exploitation des lacunes juridiques autorisant les mariages forcés ou transactionnels – des pratiques que l’ICD avait déjà signalées dans son analyse du Code de la famille comme des formes de traite des êtres humains.
Lorsque le projet de loi du gouvernement réformant le Code pénal a été publié, bon nombre de ces appels – notamment sur la protection des mineurs en détention, l’élargissement des définitions de la violence et le renforcement des sanctions en cas de traite par le mariage – ont été pris en compte, au moins partiellement. Les propositions de l’ICD concernant les procédures judiciaires pour les mineurs, les protections numériques et les garanties pour les femmes victimes d’abus ont trouvé des échos clairs dans le texte juridique.
Même si les 23 recommandations de l’ICD n’ont pas toutes été intégrées, le taux d’alignement était significatif. Tout comme pour le Code de la famille, plusieurs propositions ont été pour le moins reconnues, signe que l’expertise de terrain, lorsqu’elle est rigoureusement documentée et mise en œuvre de manière stratégique, ne passe pas inaperçue.
Il est important de noter que le mémorandum de l’ICD insiste également sur la cohérence entre les cadres juridiques. Il met en garde contre une révision isolée du Code pénal. Au lieu de cela, il a appelé à une harmonisation avec le Code de la famille, la loi 103.13 sur la violence contre les femmes et la législation sur la protection de l'enfance – garantissant que les droits sur papier se traduisent en protection dans la pratique.
Ici aussi, le contexte compte. Alors que de nombreux acteurs ont soumis des propositions pour la réforme du Code pénal, la contribution de l’ICD s’est démarquée par ses preuves basées sur le terrain, son fondement en matière de droits humains et son cadre juridique sensible au genre. Plus qu’un mémoire juridique, il s’agissait d’un portrait de l’injustice structurelle – et d’une feuille de route sur la manière dont le droit pourrait évoluer pour répondre dignement aux vies réelles.
À la base, le travail de l’ICD sur le Code pénal consistait à nommer les préjudices afin de pouvoir y remédier. Il s’agissait de garantir qu’aucune fille ne soit punie pour sa vulnérabilité, qu’aucune femme ne soit réduite au silence par la stigmatisation et qu’aucune forme de violence ne se cache derrière l’excuse de la tradition ou des retards administratifs.
Grâce à son plaidoyer intrépide, l’ICD a élargi les limites du débat et, ce faisant, a contribué à élargir la loi elle-même.
Santé menstruelle – La dignité dans les détails
Peu de domaines de réforme reflètent autant la philosophie de l’ICD que son plaidoyer en faveur de la dignité menstruelle – une question longtemps rejetée, stigmatisée ou discrètement ignorée dans le discours public.
Ce qui a commencé comme un murmure – les filles sautent l’école, évitent de participer aux cours ou cachent leur douleur – est devenu une question de politique nationale, grâce à la détermination de l’ICD à faire passer la santé menstruelle de l’ombre au cœur des programmes juridiques, sociaux et éducatifs.
L'ICD a soumis neuf propositions politiques concrètes concernant l'équité menstruelle. Celles-ci allaient de la fourniture gratuite de produits sanitaires dans les écoles, les refuges et les prisons, aux congés menstruels pour les travailleuses, à l'inclusion de la santé menstruelle dans les plans d'intervention en cas de catastrophe et aux campagnes d'éducation du public visant à démanteler les tabous culturels.
Mais la puissance de ce mouvement ne réside pas seulement dans les chiffres. Ce sont les filles qui ont commencé à parler, les garçons qui ont commencé à écouter et les espaces publics qui sont devenus des salles de classe dignes.
À Beni Mellal, l’assistant social Adil Toula a assisté à la transformation. Alors que la caravane Ride4InclusionEquality organisait des ateliers sur les places des villes et dans les coins ruraux, il a vu des mères, des étudiants et des dirigeants communautaires se rassembler pour parler de ce qui était autrefois indescriptible.
"La caravane a brisé des tabous dont nous pensions qu'ils ne bougeraient jamais", a-t-il déclaré.
Les femmes ont parlé d’années de silence. Les filles posaient des questions sans honte. « C’est le même tribunal où je travaille », a-t-il ajouté, « mais ici, je les ai vus parler pour eux-mêmes – pas à travers moi, mais avec leur propre voix. »
À Amizmiz, encore sous le choc du tremblement de terre de 2023, le travail de l’ICD a pris une toute autre urgence. Avec de nombreuses familles vivant sous des tentes, l’hygiène de base n’était plus une question de routine : c’était une crise. Au milieu de cela, un groupe de filles de Dar Taliba, qui hésitaient autrefois à lever la main en classe, se sont tenues devant leurs camarades pour animer des ateliers sur la santé menstruelle. À l’aide de visuels, de dessins animés et d’histoires, elles ont expliqué le cycle menstruel, les techniques d’hygiène et comment demander de l’aide – le tout dans le langage de la sororité et de la solidarité.
Une jeune fille, Souad, a décrit sa première réaction à l'atelier :
"J'étais tellement mal à l'aise, surtout avec un animateur masculin. Mais ensuite j'ai compris : notre silence nous fait encore plus mal. J'ai appris à nommer mon corps, à le protéger. J'ai même partagé mon histoire. Et je n'avais pas honte."
À Kelaat Sraghna, le message a également été reçu haut et fort par les garçons. Après avoir assisté à une séance de l'ICD, Hassan, étudiant en droit, s'est manifesté :
"Ce n'est pas seulement un problème de filles. Nous avons aussi une responsabilité, en tant que frères, fils et partenaires. J'en parle à notre club étudiant. Il est temps que nous parlions."
Ce n’étaient pas des moments isolés. Ils faisaient écho à un changement culturel déclenché par l’approche de l’ICD : un changement qui combinait politique et pédagogie, législation et expérience vécue et réforme et résilience. En collaboration avec l'UNFPA Maroc, l'ICD a conçu des sessions interactives, visuelles et émotionnellement sûres, permettant aux participants de partager, de poser des questions et de traiter.
L'organisation a également lancé une campagne numérique nationale, touchant plus de 276 000 personnes en ligne, tandis que des caravanes en personne et des visites scolaires ont mobilisé directement des centaines d'élèves. Au-delà de la sensibilisation, ces sessions ont abouti à des outils pratiques – notamment des manuels de formation, des boîtes à outils visuelles et des espaces de sensibilisation mobiles – conçus pour être reproduits par les enseignants, les groupes de la société civile et les agents de santé.
Dans chaque région touchée, l’ICD a souligné que la dignité menstruelle n’est pas seulement une question d’hygiène. Il s’agit d’éducation, d’autonomie et d’accès. Il s’agit pour les filles de ne pas manquer l’école. Les femmes ne perdent pas de journées de travail. Et les communautés n’excluent pas la moitié de leur population de la vie publique en raison de réalités biologiques.
Plus important encore, il a recadré la menstruation comme une question de droits humains – profondément liée à la santé, à l’éducation, à l’égalité des sexes et à la dignité.
Lors d’une séance en caravane, un père s’est approché de l’équipe ICD. Doucement, il dit : "Je n'en ai jamais parlé à ma fille. Mais maintenant je le ferai. Merci de nous avoir montré que ce n'est pas de la honte, c'est du savoir."
C’est ce que l’ICD a changé.
Cela n’a pas seulement poussé les politiques. Cela a créé de l'espace.
Cela donnait du langage à l'inconfort. Des outils pour les soignants. Confiance aux filles. Et il a invité les garçons et les hommes à faire partie de la solution.
La dignité menstruelle, autrefois cachée dans le silence, est devenue un pilier de la réforme – transportée dans les valises des caravanes, dessinée sur les murs des écoles et gravée dans les notes d’orientation soumises au Parlement.
Il s’avère que la dignité réside dans les détails.
Et grâce au travail de l’ICD, ces détails sont désormais inscrits dans l’avenir du Maroc.
Sport et genre — De la gloire nationale à l’égalité au quotidien
En 2022, l’équipe nationale masculine de football du Maroc a fait la une des journaux mondiaux. L’année suivante, l’équipe féminine a inscrit son nom dans l’histoire avec une performance impressionnante à la Coupe du Monde Féminine de la FIFA. Avec la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) 2025 et la Coupe du monde 2030 à l’horizon, le Maroc a assuré sa place de force montante dans le sport mondial. Alors que le monde célébrait les objectifs sur la scène mondiale, le Centre international pour la diplomatie (ICD) se concentrait sur quelque chose d'aussi important que la gloire nationale : l'exclusion des filles des espaces sportifs publics de leurs propres quartiers.
Pour l’ICD, le sport n’est pas seulement un spectacle : c’est un droit. Une fille sur un terrain ne court pas après un ballon, elle court après la liberté, la visibilité et le leadership. Cette conviction a conduit l’ICD à lancer son programme « Le sport pour l’égalité » avant la CAN 2025 et la Coupe du monde 2030. L’objectif : garantir que le sport reflète non seulement la fierté nationale, mais aussi l’inclusion nationale.
Ses propositions, partagées dans une note politique détaillée, comprenaient une planification urbaine sensible au genre, des lois contre le harcèlement dans les stades et le financement de programmes inclusifs pour les jeunes. Mais l’ICD ne s’est pas arrêté au niveau politique : il a porté la campagne sur le terrain.
Grâce à la caravane Ride4InclusionEquality, les parcs et les places de Casablanca, Azilal, Beni Mellal et la province d'El Haouz touchée par le tremblement de terre sont devenus des salles de classe en plein air.
L'ICD a également travaillé directement avec des associations sportives de football et des supporters de grands clubs, en animant des ateliers sur le genre, la culture des supporters et la sécurité des stades. Beaucoup ont signé la Charte de l’ICD pour des stades inclusifs, s’engageant publiquement à mettre fin au harcèlement et à accueillir les filles dans les tribunes.
Les propositions de l’ICD, fruit de mois de consultation auprès d’éducateurs, d’athlètes, d’urbanistes, ainsi que de filles et de garçons, allaient bien au-delà des programmes sportifs traditionnels. Ils envisageaient une transformation dans la manière dont le Maroc aborde l’intersection du sport et du genre – non pas comme des domaines distincts, mais comme des forces profondément liées qui façonnent l’espace public, l’identité et les opportunités.
Au cœur de cette vision se trouvait la demande d’infrastructures sûres et inclusives. Les espaces sportifs, a soutenu l’ICD, doivent être conçus en pensant aux filles – avec un éclairage approprié, des considérations d’intimité et une accessibilité totale qui affirme leur droit d’appartenance. La sécurité n'était pas une préoccupation secondaire ; c’était fondamental.
L’ICD a également appelé à une position nationale de tolérance zéro à l’égard du harcèlement et des violences verbales dans les stades et les clubs sportifs – des espaces qui ont trop souvent normalisé l’exclusion par le biais de chants, de gestes et de codes de silence. L’organisation a fait pression pour des cadres juridiques et institutionnels qui identifient le problème, forment le personnel à intervenir et rendent visible la responsabilité.
Un autre élément clé de l’approche de l’ICD était l’équité des chances. Il a plaidé en faveur d'un financement accru pour les programmes d'éducation physique mixtes, en particulier dans les zones rurales et marginalisées où les filles sont souvent confrontées à des obstacles logistiques et culturels pour participer. L’inclusion, selon l’ICD, doit être pratiquée dès l’enfance – et non promise plus tard.
Les propositions comprenaient également l'introduction de quotas de genre au sein des associations sportives locales et des clubs de jeunes, garantissant que les femmes et les filles ont leur mot à dire non seulement sur le terrain, mais aussi dans le leadership, la prise de décision et la planification.
Enfin, l’ICD a souligné l’importance de l’état d’esprit et du mentorat. Il proposait une formation complète pour les entraîneurs, les éducateurs et les dirigeants communautaires sur la sensibilité au genre et la masculinité positive – non seulement pour prévenir les préjudices, mais aussi pour cultiver activement une culture de respect, de confiance et d’autonomisation mutuelle.
À travers le sport, l’ICD ne faisait pas que promouvoir l’activité physique. C’était ouvrir l’espace public. Cela redéfinissait l’appartenance. Et dans une cour d’école poussiéreuse ou dans un stade bondé, cela prouvait que chaque fille mérite sa place – pas seulement pour regarder, mais pour gagner.
Résilience climatique et eau – Un impératif de justice dans un Maroc qui se réchauffe
Pour le Centre international de diplomatie (ICD), la justice climatique n’est pas seulement une question d’émissions : c’est aussi une question de droits. L’approche de l’organisation en matière de résilience reconnaît que le changement climatique n’a pas un impact égal sur tout le monde. Les filles, en particulier dans les zones rurales du Maroc, sont confrontées à des vulnérabilités aggravées : de la pénurie d'eau à l'abandon scolaire précoce, en passant par la migration forcée et le mariage précoce, souvent liés au stress environnemental.
Le travail de l’ICD a conduit à 8 recommandations clés sur la résilience climatique et 7 sur la justice hydrique, avec un accent particulier sur les dimensions sexospécifiques des crises environnementales. Ces propositions vont de l’intégration systématique du genre dans les politiques climatiques nationales à la reconnaissance du droit à l’eau dans la Constitution marocaine, en passant par la priorité accordée à l’accès à l’eau potable pour les filles dans les écoles et lors de catastrophes.
À la suite du tremblement de terre d’Al Haouz en 2023, le mémorandum de l’ICD a souligné l’urgence de politiques en cas de catastrophe tenant compte du genre. Il a appelé à la création de comités locaux de résilience inclusifs, à l’intégration des besoins des filles dans les plans d’intervention d’urgence et à la formation de médiateurs locaux de l’eau pour prévenir les conflits liés aux ressources.
Un mois après le tremblement de terre, l'ICD a organisé une conférence régionale à Oujda, dans l'est du Maroc, sur « L'eau, le genre et la paix », et a lancé le Water Diplomacy Media Lab pour amplifier le plaidoyer mené par les jeunes sur cette crise silencieuse. Une Charte africaine de la diplomatie de l’eau est actuellement en préparation – positionnant le Maroc non seulement comme un pays vulnérable, mais aussi comme un acteur proactif de la diplomatie préventive.
Dans un contexte où le Maroc est confronté à une disponibilité en eau inférieure à 650 m³ par habitant et par an – bien en dessous du seuil de stress – l’ICD insiste sur le fait que la politique de l’eau doit être fondée sur les droits, inclusive et sensible au genre. Le changement climatique est peut-être un phénomène mondial, mais la résilience doit être locale – et pour l’ICD, cela signifie placer les filles, les communautés rurales et les groupes vulnérables au centre de la gouvernance environnementale.
Droits numériques, outils intelligents — Ask Illy et l'avenir de l'accès civique
L’accès au droit ne commence pas dans une salle d’audience : il commence par la connaissance. La stratégie numérique de l’ICD repose sur une conviction fondamentale : si les filles ne peuvent pas accéder à la loi, la loi doit les atteindre. Et c’est exactement ce qu’ICD a fait avec Ask Illy, le premier chatbot alimenté par l’IA, conçu pour les droits des filles, l’éducation juridique et l’orientation sûre au Maroc.
Lancé en 2024 dans le cadre du partenariat de l’ICD avec l’UNFPA, Ask Illy complète d’autres outils numériques dont le www.droitsjeunesfilles. Org et l'application mobile MAAN. Ces outils offrent aux filles, aux parents, aux éducateurs et aux acteurs locaux un accès instantané à des informations vérifiées sur des sujets allant des lois sur le mariage et la santé menstruelle aux numéros d'urgence et aux mécanismes de signalement.
Mais l’approche numérique de l’ICD va bien au-delà de la simple technologie : il s’agit de démocratiser l’accès. Les plateformes sont conçues pour fonctionner dans les zones à faible connectivité et utilisent des visuels conviviaux pour aider les personnes peu alphabétisées.
Grâce à ces outils, l'ICD a touché plus de 400 000 utilisateurs en ligne, tout en offrant aux filles un moyen fiable, discret et accessible d'obtenir des informations, en particulier dans des situations sensibles impliquant des abus, du harcèlement ou des complexités juridiques.
Alors que le Maroc se prépare à une transformation numérique plus profonde, la stratégie de l’ICD propose un modèle évolutif : un modèle dans lequel la justice numérique n’est pas un luxe, mais un droit – et où la loi n’est pas une institution lointaine, mais un dialogue à portée de main.
La vision finale – Pouvoir silencieux, changement durable
ICD n’a pas revendiqué la voix la plus forte. Il n’est pas entré dans le processus de réforme du Maroc par la force, mais par sa présence, par sa confiance et par sa patience.
Sa méthode ne consistait pas seulement à rédiger des propositions, mais à recruter de nouveaux acteurs publics.
Des filles peignant leurs rêves sur les murs de l’école. Des garçons réécrivent leurs chants dans les stades. Les mères deviennent des défenseures des droits.
Certaines réformes se mesurent en articles modifiés. D’autres se mesurent aux voix élevées, aux silences brisés, aux futurs réécrits.
L’héritage de l’ICD ne réside pas seulement dans les nouvelles lois marocaines.
Cela réside dans la nouvelle imagination de ce que peut être la justice.
Pas de haut en bas. Mais à partir de la base. Là où se déroule la vraie vie. Où vit la dignité.