Sous la bannière de l’autonomisation des femmes, le Centre international de diplomatie a réuni à Rabat un large éventail de juges, de chercheurs, de dirigeants de la société civile et d’acteurs sociaux. La réunion a mis en lumière les défis urgents auxquels sont confrontées les femmes chefs de famille, qui doivent composer avec le difficile équilibre entre devoirs professionnels et responsabilités familiales, et a formulé des recommandations concrètes en faveur de réformes.
Dans son discours d'ouverture, Karima Rhanem, présidente du Centre international de diplomatie, a donné le ton en soulignant l'urgence de la question. Elle a présenté des statistiques alarmantes sur le nombre de femmes chefs de famille au Maroc, insistant sur le fait qu'elles constituent une pierre angulaire à la fois de la stabilité familiale et du développement national. Elle a souligné que le Centre a choisi ce thème pour mettre en évidence non seulement les inégalités structurelles auxquelles ces femmes sont confrontées, mais également les opportunités de réforme.
Smail Kabbaj, directeur du Centre, a accueilli les participants de divers secteurs – juges, société civile, chercheurs, journalistes – et a exhorté à ce que la conférence ne reste pas au niveau du diagnostic mais s'oriente vers des recommandations concrètes et un changement de politique.
La justice et le code de la famille sous surveillance
La conférence s'est ouverte par un panel dédié à la dimension juridique.
La juge Malika Chgoura a souligné les lacunes du Code de la famille marocain, notamment en matière de garde des enfants et de pension alimentaire, soulignant que le cadre actuel laisse trop souvent aux femmes le fardeau le plus lourd.
Faisant écho à cette préoccupation, Anas Saadoun, membre du Club des juges marocains, a souligné l'importance d'intégrer la sensibilité au genre dans le système judiciaire. Il a fait valoir que les tribunaux doivent s’adapter aux changements sociaux et garantir aux femmes chefs de famille une protection efficace et équitable.
Les voix de la société civile sur le terrain
La deuxième séance a donné la parole aux dirigeants et praticiens de la société civile.
Samira Labiad, présidente de l'association Al-Nada pour l'accueil et la réinsertion des femmes vulnérables, a offert un témoignage saisissant des luttes auxquelles sont confrontées les femmes en situation précaire. Elle a souligné la nécessité d'un soutien psychosocial et de mécanismes pratiques de réintégration.
Hamza Koundi a porté une attention particulière aux athlètes féminines qui sont également chefs de famille, décrivant le dilemme auquel elles sont confrontées lorsqu'il s'agit de concilier obligations familiales et carrières sportives exigeantes. Il a appelé à des mesures adaptées, notamment un soutien aux familles pendant les compétitions et des réformes juridiques, afin que les athlètes n'aient pas à choisir entre carrière et famille.
Clôturant la séance, Halim Salah Eddine, chercheur en affaires parlementaires et représentant de l'association Challenge for Equality and Citizenship, a souligné le rôle essentiel de la société civile dans la conduite du changement législatif. Il a rappelé que les femmes chefs de famille – la moitié de la société – doivent être reconnues comme des partenaires essentielles du développement économique et social. Il a insisté pour que les politiques publiques adoptent une approche systématique basée sur le genre afin d’améliorer véritablement la condition des femmes.
Le poids du double fardeau
La question de la santé mentale et de l’épuisement était également au cœur du débat.
Mohamed Houbib, président de l'Association nationale des travailleurs sociaux du secteur judiciaire, a présenté des données alarmantes sur les conséquences du surmenage et des tensions familiales. Il a souligné que l'épuisement professionnel, désormais reconnu par l'OMS, touche de manière disproportionnée les femmes chefs de famille. Il a appelé à des conditions de travail flexibles et à une plus grande reconnaissance institutionnelle de cette réalité.
Des ateliers vers l'action
Des ateliers interactifs ont traduit les discussions en propositions.
Le premier atelier s’est concentré sur la réforme législative, soulignant la nécessité urgente de mettre à jour le Code de la famille et la loi 30.09 sur le sport afin de mieux protéger les droits des femmes et de fournir un soutien financier et social ciblé.
Le deuxième atelier, animé par Anas Saadoun et Mohamed Houbib, a abordé les stratégies de prévention de l'épuisement professionnel. Les participants ont proposé des modalités de travail flexibles, des garderies accessibles et des programmes structurés de soutien psychologique.
Recommandations partagées
En conclusion, les participants ont recommandé à l’unanimité :
• Réviser les lois pour consacrer l'égalité,
• Créer des services de garde d'enfants en milieu de travail et des crèches accessibles,
• Prolongation des congés maternité et paternité,
• Assurer l'égalité salariale,
• Lancer des programmes de leadership pour les femmes, et
• Réaliser des campagnes de sensibilisation impliquant les hommes dans le partage des responsabilités familiales.
Un appel collectif au changement
L’événement a souligné une détermination commune : faire progresser les cadres juridiques et sociaux afin que les femmes chefs de famille puissent s’épanouir sans sacrifier leur équilibre personnel. Un message amplifié par Karima Rhanem et Smail Kabbaj, initiateurs du forum, qui ont exhorté à ce que les débats se traduisent en politiques publiques concrètes.
