Le 15 novembre 2023, le Centre international de diplomatie (ICD) a été reçu par la Commission royale chargée de réformer le Code de la famille marocain. La réunion, qui s'est tenue à l'Académie du Royaume à Rabat, a réuni de hauts responsables du pouvoir judiciaire, du gouvernement et des institutions religieuses. Parmi les personnes présentes figuraient le président de la Cour de cassation et le président délégué du Conseil supérieur du pouvoir judiciaire ; le procureur général du Roi près la Cour de cassation et président du parquet ; le Ministre de la Justice ; le Ministre de la Solidarité, de l'Inclusion sociale et de la Famille ; et un représentant du Conseil suprême des oulémas.
L'ICD était représenté par sa présidente, sa vice-présidente, son secrétaire général, son secrétaire général adjoint et une bénéficiaire du projet ICD, qui ont porté et représenté les voix des jeunes filles de la délégation.
Un mémo ancré dans une large consultation
Au cours de la réunion, l'ICD a présenté une note complète reflétant les résultats de trois consultations nationales impliquant plus de 220 participants. Parmi eux figuraient 100 jeunes, 135 femmes, des personnes handicapées, des migrants d'Afrique subsaharienne et des représentants de 57 institutions publiques. L’objectif était de garantir que les propositions étaient inclusives, fondées sur des preuves et reflétaient l’évolution de la réalité sociale du Maroc.
La présidente de l'ICD a exprimé sa gratitude pour l'opportunité de contribuer à ce processus historique. Elle a souligné que la réforme du Code de la famille n’est pas seulement une question d’ajustement juridique mais aussi de protection des droits des femmes, de préservation de la dignité des hommes et de sauvegarde de l’intérêt supérieur des enfants.
Recommandations clés
La note mettait en évidence plusieurs priorités :
• Mariage d'enfants : l'ICD a appelé à l'abrogation des articles 20 et 21 du Code de la famille, qui autorisent les juges à autoriser les mariages d'enfants. Il soutenait que les filles avaient leur place à l’école et que ni la pauvreté ni la vulnérabilité ne devraient justifier le mariage précoce. Là où des exceptions subsistent, l'ICD a préconisé des critères stricts, des évaluations médicales et psychologiques obligatoires et une vérification par le biais de systèmes d'identité nationaux pour prévenir les abus.
• Tutelle et garde : l'ICD a recommandé que le remariage d'une mère ne mette pas automatiquement fin à son droit de garde, garantissant ainsi la parité avec les pères. Il plaide en outre pour l'autorité parentale conjointe pendant le mariage et après le divorce, en mettant l'accent sur la responsabilité partagée en matière d'éducation, de santé, d'obligations financières et de décisions de voyage.
• Garde partagée après un divorce : Le Code de la famille actuel ne prévoit pas de garde partagée. L’ICD a proposé une réglementation claire pour garantir le bien-être des enfants tout en reconnaissant les droits des deux parents, y compris dans les cas impliquant des enfants ou des parents handicapés.
• Droits des personnes handicapées : L'ICD a souligné la nécessité de procédures spéciales pour garantir l'égalité d'accès à la justice, telles que des traducteurs certifiés, des documents en braille et des signaux visuels. Il propose également de reconnaître la participation active des personnes handicapées à la prise de décision aux côtés de leurs représentants légaux.
• Marocains de l'étranger et résidents étrangers : l'ICD a abordé les défis juridiques auxquels sont confrontées les femmes et les filles marocaines à l'étranger, appelant à des réformes de l'article 14 pour aligner les procédures de mariage sur les normes administratives locales. Il recommande également d'inclure les migrants sans papiers, les réfugiés et les apatrides dans le Code de la famille s'ils choisissent la loi marocaine.
Pourquoi ce processus est important
La réforme du Code de la famille est l'une des initiatives juridiques les plus importantes au Maroc depuis l'adoption de la Moudawana de 2004. Elle affecte directement la vie quotidienne de millions de femmes, d’hommes et d’enfants marocains, façonnant la stabilité familiale, les droits d’héritage, l’autorité parentale et la protection contre les pratiques néfastes telles que le mariage des enfants.
En intégrant les voix des femmes, des jeunes, des personnes handicapées et des migrants, ce processus crée un précédent pour l’élaboration de politiques inclusives au Maroc. Cela démontre également l’engagement du pays à équilibrer son identité religieuse, culturelle et nationale avec ses obligations internationales en matière de droits de l’homme et d’égalité des sexes.
Alors que le Maroc se positionne comme un leader régional en matière de réformes sociales et juridiques, le succès de ce processus pourrait servir de modèle à d’autres pays africains et arabes aux prises avec des questions similaires de tradition, de modernité et d’égalité.
Un pas vers une réforme inclusive
La participation de la jeune bénéficiaire du projet ICD, représentant les voix des filles, a marqué un moment historique. Il a veillé à ce que les personnes les plus touchées par les pratiques discriminatoires soient directement entendues dans le processus de réforme. En présentant cette note, l’ICD a renforcé le principe selon lequel la réforme du Code de la famille marocain doit être inclusive, équitable et alignée à la fois sur les valeurs nationales et sur les engagements internationaux.
